acheter en ressourcerie son textile et vêtements

« Je préfère ne pas acheter en ressourcerie car je considère que c’est pour les plus démunis »

Une phrase que j’ai entendue souvent et qui part d’un bon sentiment, mais qui ne considère pas la réalité derrière les magasins Emmaüs, Croix Rouge et autres…

C’est un sujet qui est cher à Tata Samedi et qui vous permettra de comprendre le choix de s’approvisionner en textile dans des ressourceries.

 

Les ressourceries sont débordées de textile

L’idée qu’il ne faille pas acheter en ressourcerie car ils sont réservés aux plus démunis laisse penser que les ressourceries n’ont pas les flux nécessaires pour répondre à la demande. C’est faux. Du moins, c’est faux pour la plupart des grandes ressourceries qui possèdent des bornes de collecte avec pignon sur rue. Ces ressourceries là débordent de dons et de textile en tous genres.

Vous déposez parfois vos vêtements dans une benne de don de la Croix Rouge en pensant qu’une famille dans le besoin près de chez vous en bénéficiera. Ce n’est malheureusement que rarement le cas. Débordées de dons, les grandes ressourceries n’ont que peu de choix. Une grande partie de ces dépôts est revendue à des entreprises qui exportent ce textile en Afrique. Le reste entre dans une boucle de recyclage ou finit sa vie sur des terrains d’enfouissement.

 

Quelles conséquences de ces exports en Afrique ?

Pour commencer, ce sont toujours plus de kilomètres que font ces bouts de tissus au cours de leur vie. Des kilomètres qui ajoutent à l’impact environnemental déjà conséquent de l’industrie textile.

De plus, l’arrivée de tonnes de vêtements à bas prix dans des pays en développement est à double tranchant. À court terme, les importations de vêtements de seconde main permettent aux populations de s’habiller à bas prix. Elles permettent de créer un nouveau secteur de commerce et de tri autour du vêtement de seconde main et de générer des revenus à l’État par le biais de taxes à l’import. Toutefois, les pays d’Afrique ne sont pas aussi bien équipés en infrastructures de recyclage que nos pays d’Europe. Ainsi, les vêtements de seconde main importés d’Europe et trop abîmés finissent souvent par polluer l’environnement sur des plages ou des terrains d’enfouissement.

Par ailleurs, l’importation massive de vêtements est de nature à dissuader la production locale. L’industrie textile qui fut très florissante et génératrice d’emploi dans certains pays d’Afrique s’est aujourd’hui effondrée. Il y a de nombreux facteurs à ça, comme  l’obsolescence du matériel, le manque d’investissements, la corruption mais aussi l’importation de vêtements de seconde main.

Les vêtements vendus pour quelques centimes sur place déprécient la valeur de la confection textile. En particulier, de tels prix sont un frein pour les artisans locaux qui souhaitent vivre de leur travail et vendre leurs ouvrages au prix juste. En somme, vendre des vêtements importés à prix cassés peut permettre à la population locale de se vêtir facilement. Toutefois, cela empêche des opportunités de développer une filière textile locale. Une étude réalisée auprès d’ateliers de couture de Brazzaville montre les conséquences des imports au Congo. Une majorité des ateliers constate un effet faible ou important de l’importation de textile de seconde main. 85,29% des répondants estiment que l’État devait au moins limiter, sinon interdire l’entrée des habits d’occasion sur le territoire national.

 

Etre consomm’acteur et soutenir les actions des ressourceries

Les ressourceries ne sont pas seulement des magasins de seconde main pour offrir des articles à bas prix aux plus démunis. Ce sont aussi des associations qui ont besoin de moyens financiers pour remplir leurs missions. Nos achats en ressourceries financent ces actions. Ils permettent par exemple d’appuyer le retour à l’emploi de ceux qui y travaillent ou encore les maraudes de ces associations. Ils permettent de soutenir une économie plus sociale et solidaire, et plus circulaire.

Les ressourceries sont un maillon important du cycle de réemploi et de recyclage. Elles participent à la sensibilisation du public à l’importance de l’économie circulaire. En bref, acheter en ressourcerie n’est pas réservé aux plus démunis, mais devrait plutôt être une norme pour encourager l’émergence d’une société plus juste pour chacun.

 

Ressourceries : un shopping gagnant gagnant

Petite liste non exhaustive de pourquoi faire ses emplettes en ressourcerie est génial :

  • Permettre à l’association de vivre,
  • Lui donner une solution locale pour les tonnes de textile qu’elle reçoit au lieu de devoir les exporter,
  • Faire du shopping à moindre prix et trouver des pièces uniques
  • Acheter plus écolo en achetant un vêtement qui n’est pas neuf et qui n’a pas nécessité l’usage de nouvelles ressources pour sa fabrication
  • Moins soutenir les entreprises textiles polluantes, plus soutenir les initiatives d’économie circulaire.

 

En somme, personne n’est au dessus d’acheter son textile et ses vêtements en seconde main dans une ressourcerie. Au contraire, c’est une belle façon de « voter avec son porte-monnaie » et d’appuyer les initiatives en faveur d’une économie sociale et solidaire.

 

 

 

Sources :

Sur le Front, Où finissent nos vêtements.
Le Point, Textiles : l’Afrique de l’Est pour une industrie locale d’envergure
Le Point, Le long chemin pour doper l’industrie textile locale
Revue Congolaise de Gestion, Importation de vêtements de seconde main et compétitivité des micro-entreprises de couture au Congo-Brazzaville

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